Avec Windows 10 S, Microsoft va-t-il nous refaire le coup des netbooks ?

Pour investir rapidement le monde de l’éducation, Windows 10 S va devoir compter sur d’autres ordinateurs que le Surface Laptop, bien trop cher. Et Microsoft et ses partenaires pourraient bien ramener à nouveau les netbooks à la vie.

Ça y est, Microsoft a enfin levé le voile sur Windows 10 S, une version de son OS destinée aux étudiants et plus globalement, au monde de l’éducation. Et, pour le « packager » de la plus belle des façons, le géant l’a emballé dans un PC portable, le premier de la marque d’ailleurs, le Surface Laptop. Un PC qui coûte la bagatelle de 1150 euros en prix d’appel et qui, à sa façon, constitue presque un « non sens » commercial.

Comment positionner en effet une machine et un OS destinés au seul monde de l’éducation à un tel tarif sans avoir peur de faire fuir les clients ciblés ? Des clients qui, pour ce prix-là, ont l’embarras du choix chez Dell, HP, Asus et consorts, qui occupent déjà bien le terrain.

Soyons lucides : les utilisateurs qui achèteront un Surface Laptop – que Microsoft va vendre à partir du 18 juin prochain – ne resteront pas bien longtemps sous Windows 10 S. Car, rappelons-le, ils peuvent bénéficier gratuitement d’une mise à jour vers Windows 10 Pro jusqu’à la fin de l’année. A quoi bon avoir une machine aussi puissante si l’OS empêche d’y installer tous les logiciels que l’on souhaite ?

Mais le Surface Laptop sera loin d’être le seul PC sous Windows 10 S. Le géant de Redmond travaille en effet avec ses partenaires historiques pour que son OS allégé soit aussi embarqué dans des PC portables vendus à des prix beaucoup, beaucoup plus raisonnables.
HP et Acer viennent par exemple d’annoncer leurs premiers modèles sous Windows 10 S, vendus à partir de 299 dollars, soit 320 euros environ. Un prix très proche de celui des Chromebook… Des ordinateurs bien implantés dans le monde de l’éducation aux Etats-Unis et qui sont clairement ceux que Microsoft a en ligne de mire.

Des relents de Windows 7 Starter et Windows RT

De l’aveu même de son créateur, Windows 10 S est une « version simplifiée » du système originel, situé entre la version Home et la Pro. Pour une fois qu’une offre OS de Microsoft était simple au départ, il aurait été dommage de ne pas la complexifier un peu en cours de route !

Cela vous rappelle quelque chose ? Oui, ce nouvel OS emprunte un peu à Windows 7 Starter, l’une des nombreuses version de W7, allégée et taillée pour les PC très peu puissants. Autre source d’inspiration évidente : Windows RT. Pour rappel, c’était la version de Windows 8 pour machine à processeur ARM.

A Windows 7 Starter, Windows 10 S emprunte son côté « fonctionnel, même avec une petite configuration matérielle ». Mais Microsoft a tout de même évité le pire: W10S autorise le lancement de plus de trois applications en même temps, une ridicule restriction de Windows 7 Starter à son lancement (levée par la suite).

Windows 10 S permet aussi de changer le fond d’écran (ce qui était impossible sans passer par un soft tiers dans Starter !) et l’OS est nativement optimisé 64 bits (contre 32 uniquement pour W7 Starter) pour faire tourner toutes les applis que vous pourriez dénicher dans le Store.

Le Windows Store, c’est le pivot fondamental de W10S. Une philosophie très similaire à celle appliquée par le géant à la sortie de feu Windows RT. Il était en effet impossible d’installer des applications traditionnelles sur RT.  Et il en sera (presque) de même sur Windows 10 S : télécharger une appli ou un programme depuis un site Web tiers pour ensuite s’en servir sur une machine W10S est interdit. Une énorme limitation, qui vous empêchera par exemple d’utiliser Chrome, Steam, Open Office, The Gimp ou 7-zip !

Certes, le magasin d’applications de Microsoft a bien évolué depuis RT. Mais son interface en apparence épurée et in fine peu claire, son indexation plus que laborieuse et surtout son catalogue bien trop pauvre, sont autant de défauts et de handicaps qui promettent des démarrages difficiles pour Windows 10 S.

Vers une deuxième résurrection des netbooks ?

Attendez une minute… Un Windows « light » capable de fonctionner sur des PC portables ultra abordables, tout juste bons à faire tourner des applications basiques… C’est une douce mélopée que nous avons déjà entendue et qui nous rappelle… l’histoire de Microsoft et des netbooks !

Si Microsoft affirme que Windows 10 S se destine en priorité à atterrir sur les bancs de l’école dès la rentrée prochaine, nous craignons surtout qu’il trouve vite –comme par magie- le chemin des rayons des magasins, installés sur des petits PC à bas prix. La troisième ère des netbooks pourrait fort bien débuter à la rentrée 2017-2018.

Nous le disions en préambule, Acer et HP ont dégainé des machines sous Windows 10 S dans la foulée des annonces faites par Microsoft. Avouez que, sur le papier, entre ces machines sous W10S et feu les netbooks, la ressemblance est frappante. Certes, l’écran est un plus grand (11,6 pouces) -mais certains netbooks ont eu des dalles allant jusqu’à 12,1 pouces de diagonale par le passé. En outre, sous le clavier, se trouve aussi une plateforme technique très entrée de gamme version 2017 et qui rappelle -toute proportions gardées- celle des petits PC à bas coût d’antan.

Enfin, Microsoft aurait donné des consignes en matière de matériel minimum à ses partenaires. Ces derniers ont une latitude quasi complète pour concevoir des machines Windows 10 S. Pour le meilleur mais aussi pour le pire.

Comment le netbook a (presque) tué le PC

Il faut le reconnaître, les netbooks ont fait évoluer notre façon de consommer le PC. Avec un ticket d’entrée à 200 euros et un prix moyen de 345 euros au plus fort de sa vie, le netbook était un PC portable très abordable. On achetait son netbook en même temps que son pack de bouteilles d’eau de la semaine. De fait, un très grand nombre de personnes se sont équipées d’un de ces petits engins et ont pu apprécier, pour certains, à quel point avoir un PC portable était pratique.

Pour Microsoft, la période « netbook » a été le moyen de continuer à vendre des licences de Windows XP (d’abord) puis de Windows 7 Starter (ensuite) à tour de bras à ses partenaires. Intel, de son côté, a pu produire et écouler des processeurs Celeron et surtout Atom en très grande quantité.

Mais ce n’est pas parce que les netbooks se sont écoulés comme des petits pains qu’ils ont aidé le marché du PC… bien au contraire. Leur prix très serré était un argument massue auprès des consommateurs, contents d’acheter un PC sans se ruiner du tout. Pourquoi dépenser plus de 600 euros pour faire de la bureautique alors qu’une petite machine à 300 euros le fait aussi bien (sur le papier) ?

Malheureusement, les utilisateurs lambda déchantaient assez rapidement lorsque les premières limitations, logicielles ou matérielles, commençaient à pointer le bout de leur nez. Ralentissements, logiciels gourmands impossibles à faire tourner, plastique du boîtier qui se déforme, sans parler de la perte d’autonomie au bout de dix à douze mois d’utilisation.

Côté constructeurs, on se frottait les mains d’écouler autant de machines, cassant les prix à tour de bras pour gagner quelques points dans les charts et faire mieux que le concurrent.

Revers de la médaille, les très faibles marges que les netbooks permettaient de dégager ont montré par la suite que cela avait un impact direct sur la R&D. Produire des appareils de meilleure qualité et innovants était devenu compliqué et certains fabricants – bien qu’ils s’en défendent officiellement – ont mis du temps à se remettre des conséquences de l’effondrement de cette catégorie de machines.

En outre, dans l’intervalle, les tablettes sont venues jouer les trouble-fêtes, prenant la place de nombreux PC d’entrée de gamme dans les foyers et reléguant, de fait, les netbooks dans un tiroir. Les ardoises Apple et à base d’Android étaient jugées bien plus réactives, endurantes, pratiques, répondant aux mêmes usages que les petits PC portables et -surtout- dépourvues de Windows.

Ainsi, entre 2013 et 2014, les graphiques des instituts spécialisés – déjà un peu orangés – sont devenus rouge écarlate. Et les faiblesses latentes du marché PC sont devenues flagrantes. Après l’âge d’or (2008-2012) du netbook, il a fallu pour les constructeurs changer de voie et tenter de réinventer le PC, qui avait subitement pris un sacré coup de vieux à cause de l’essor de ces machines ringardisées par les tablettes.

En 2015, le coeur s’est remis à battre avec l’arrivée de Windows 10. Les constructeurs avaient retenu la leçon et proposé quelques modèles d’hybrides ou 2-en-1 aux alentours de 350-400 dollars plutôt que des centaines de petits PC portables classiques à 189 dollars.

Windows 10 S sera l’OS de la rentrée ?

Rebelote en 2017 ? Les quelques annonces de gammes de PC pour la rentrée auxquelles nous avons assistées ces dernières semaines étant antérieures aux annonces de Microsoft, aucune machine grand public sous Windows 10 S n’avait encore été présentée. Néanmoins, beaucoup de constructeurs n’ont pas encore fait étalage de leurs nouveautés… Les machines Windows 10 S pourraient donc bien se tenir en embuscade.

source:01net.com

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